• Cyberpunk Reload (6ème partie)

    Eh dis donc : ça tombe bien. Je déménage tout prochainement et quoi de plus propice que de faire ses cartons pour retrouver de vieux suppléments Cyberpunk coincés entre deux étagères. Je viens donc de redécouvrir que je possèdais Near Orbit, le supplément spatial pour CP2020 et non pas seulement Deep Space sa réédition-augmentation (façon Eurosource/Eurosource plus). Cooooool. Enfin, bon, on s'en fout un peu quand même. M'enfin, déjà, je vais lire ça tranquilou et hop, ça fera un nouvel épisode du Cyberpunk Reload. Pour l'heure, place à du lourd avec le 6ème épisode de notre cyber-feuilleton.

    Pour aujourd'hui, un OVNI : When Gravity Fails, un supplément très atypique qui, à la façon de Hardwired, adapte au jdr une oeuvre littéraire cyberpunk, en l'occurence celle de Georges Alec Effinger. Par la grâce d'un traducteur facétieux, les romans de ce dernier disputent à l'almanach Vermot la plus forte concentration de jeux de mots vaseux du monde littéraire : Gravité à la manque, Privé de désert, La tallion du cheikh... Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas des nouvelles aventures de San Antonio mais de celles d'un privé cyber dans un obscur califat du 23ème siècle. Très surprenant même si, à mon goût, passé le dépaysement, les aventures policières y tournent un peu en rond.

    Comme il se doit, un p'tit coup de zyeux à l'aspect du bousin. Là, confirmation : le mélange cyber/1001 nuits, ça le fait bien. Le dessin en lui-même n'est pourtant pas si extraordinaire alors quoi ? Sans doute en fait la confrontation société archaïque bloquée/futur technologique crée-t-elle à elle seule le décalage nécessaire pour enflammer notre imaginaire. Note pour TAZ : le cyber-ethnique fonctionne bien ;-! Bon, à l'intérieur du livret, c'est plus ordinaire : la maquette lourdingue sur 3 colonnes et les illus sont moins digestes mais elles ont l'avantage d'être étonnament nombreuses pour un supplément CP2020.

    Le début du livret est consacré à la présentation générale du monde des romans. Problème pour notre propos (mais aussi d'ailleurs pour les joueurs habituels de CP2020...) : contrairement au reste de la gamme, cela se passe au 23ème siècle... on repassera pour l'anticipation réaliste. Paradoxalement, j'aurais pourtant tendance à penser qu'on y trouve plus souvent des trucs intéressants que dans l'ordinaire de chez Talsorian. Par exemple, le réchauffement climatique et ses conséquences sont pris en compte et on a bien sûr notre lot de villes inondées mais aussi le peuplement de l'Antarctique qui finit par accéder au rang de nouvelle nation. Bon, tout ça est quand même expédié vite fait puisque les romans se passent tous au même endroit : une anonyme cité du monde arabe. Sa description suit, donc, mais elle manque de souffle et s'avère assez décevante alors que c'est le coeur de l'intérêt de l'ouvrage. On aborde ensuite des considérations de culture générale sur la civilisation arabo-musulmane. Sans intérêt particulier si ce n'est pour son avertissement politiquement correct qui va bien ; pour résumer : "non, non, n'envoyez pas de bombe à la rédaction, si nous vous avons offensés, c'est pas not' faute, c'est les rôlistes qui nous obligent..."

    Remarque, avec ce qui suit, l'avertissement pourrait se justifier. Je ne parle pas du petit chapitre croupion cumulant conseils au MJ et nouveaux archétypes pour la création de perso (l'espion peut être sympa). Non, on rentre vraiment dans la partie rock n' roll de l'ouvrage avec le long (30 pages tassées comme un café turc) chapitre consacré à la technologie. Celui-ci s'ouvre bien évidemment sur les fameux "moddies" au coeur des romans : il s'agit de sortes de biopuces permettant de se doter temporairement de la mentalité préprogrammée d'une personnalité, d'un archétype, d'un personnage imaginaire ou  d'un simple fantasme. Déjà sympathique en roman, l'idée devient géniale en jeu de rôles : imaginez que vous pouvez ainsi changer de personnage tout au long de l'aventure simplement en changeant de "moddie". Très gros potentiel.

    Le reste du chapitre se consacre essentiellement à la biotechnologie ce qui est là aussi bienvenu puisque cela nous change du "metal better than meat" sempiternel de CP2020. A noter un intéressant développement sur le changement de sexe, aussi courant dans cet univers que le changement de t-shirt chez les joueurs de cartes Magic prépubères. Enfin, non, quand même un peu plus fréquent... Bon, je vous rassure : le chapitre se termine par son lot de flingos et armures. On joue à CP2020 ou bien ? Quant à l'informatique, c'est... euh... un parti pris low tech ? Ou sinon, c'est juste ridicule. Allez, un petit scan d'une illu de ce chapitre comme ça vous vous ferez votre propre opinion.

    En tout cas, au bilan, "moddies" + changement de sexe + tradition musulmane : il y a vraiment un très bon potentiel d'aventures tordues dans ce setting alternatif. Ce n'est pas directement très, très utilisable pour de l'anticipation réaliste mais c'est une bonne leçon de cyberpunk ethnique et rock n'roll. Un des meilleurs suppléments de la gamme.

    Ouh, j'ai dit du bien ? Chouette, je vais pouvoir me lâcher sur une des pires bouses de ma collec'. Enfin, vous allez voir, ce n'est pas si terrible mais la déception est à la hauteur de l'attente suscitée par un supplément dont le thème aurait du le rendre indispensable. Et le vainqueur est... Protect and Serve (en VF). Pensez donc, un supplément entier consacré à la police du monde troublé de 2020, c'est joliment utile quand même. Y en a même qu'en ont fait un jeu entier avec ouatemille suppléments (COPS pour ceux qui sont déconnectés de l'actualité rôlistique de ces 10 dernières années).

    Justement, ça démarre bien : la couv', sans être du Aleksi Briclot, est plutôt classieuse avec sa savante construction, ses couleurs nuit et néons, son cadre noir... Hélas, l'intérieur est juste pitoyable. C'est mis en page de façon aussi gaie qu'un rapport d'autopsie (sans doute pour être ambiance...) avec des dessins grotesques. Affreux.

    M'enfin, ramage, plumage, tout ça : voyons voir le contenu. On commence par un chapitre sur la création de persos policiers. Certes, cela semble s'imposer mais quand on sait qu'il y a déjà l'archétype "cop" dans le livre de base, on se rend vite compte qu'on ne va rien apprendre de follichon là-dedans. La suite est l'exemple même de ce qu'il ne faut PAS faire dans un supplément de jeu de rôles : hiérarchie, organisation, procédures... sujets déjà peu attractifs sont traités de façon scolaire et plate. On sent que l'auteur se fait chier et nous aussi. Sauf que nous, on a payé...

    On sent qu'on va se refaire avec le chapitre matos. CP2020 label rouge oblige : il est copieux. Il est hélas, toujours pour les mêmes raisons, très orienté pan-pan, budabudabuda et vroum-vroum. Il est aussi catégoriquement affreux. Heureusement, des fois, on se paye une petite poilade comme avec les inénarrables robochiens. Il est bon de rire. Parfois. Au bilan : sans intérêt. Vous prenez un Chromebook, vous décrétez que la police a tel flingue, telle moto et hop, vous économisez le prix de ce catalogue peu inspiré.

    Peu inspirée également la suite : les "méchants", traités à la façon d'un bestiaire avec série de caractéristiques de gars à latter... euh... à arrêter et à traduire en justice, bien sûr ! Mafia, Yakuza, gangs divers... on pourrait écrire la même chose, mot à mot, pour Los Angeles 2008. Ou New York 1970. Ou Chicago 1930. Ou... bref, ce n'est d'aucune utilité pour se figurer la criminalité des années futures. Le chapitre sur les procès et les peines ose parfois échapper à cette monotonie en se risquant vers des considérations intéressantes (la peine par Braindance, par exemple). Sans doute effrayé, l'auteur revient à ce qu'il préfère : les listes de trucs chiants. En l'occurence, la litanie des crimes, délits, peines associées, le tout numéroté à la façon d'un plan comptable de PME.

    Ah, y a pas le compte de pages malgré tout ce tirage à la ligne ?? Boarf, on a des astuces-maison pour remplir : une description de commissariat-type qui pourrait être celui de la série PJ, des idées de "scénarios" tenant sur une colonne (bonjour l'enquête tortueuse dans les bas-fonds de la société du 21ème siècle...), des fiches à phpotocopier de rapports divers où on a pas laissé de place pour rajouter des infos (véridique...) pour être sûr que personne ne s'en serve. Ayé, on a le compte !

    128 pages pour réussir à ne RIEN apprendre sur la police, la justice, l'enquête et la délinquance en 2020. Super. franchement, ce n'était pourtant pas les sujets qui manquaient : la privatisation des forces de police ? l'interférence entre les polices publiques et la sécurité privée ? les immunités corporatistes ? la pression médiatique constante ? les techniques de police scientifique à l'ère des nanotechs ? la délinquance informatique (vous savez, celle qu'on appelle aussi CYBER-délinquance) ? ... et sûrement 1000 autres facettes du monde trouble des mégapoles de 2020 et bien, RIEN de RIEN, vous ne trouverez RIEN de tout cela dans ce supplément. Direct dans le top 3 des pires bouses pour ce jeu et, bien évidemment, rien à en tirer pour de l'anticipation réaliste. Tournez vous plutôt vers les suppléments Shadowrun (ouais, ça fait mal de dire ça...) ou, mieux, payez vous l'intégrale
    (ouch !) de COPS.

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 19 Juin 2008 à 22:07
    Je ne suis pas grand fan du genre littéraire cyberpunk, et je n'ai jamais pratiqué le JdR Cyberpunk lui-même.
    Mais, après lu les romans de George Alec Effinger, je m'étais trouvé emballé par cette ambiance à la croisée des chemins entre Blade Runner (le film) et les romans de Hammett ou Chandler.

    J'avais donc organisé quelques parties de JDR inspirées de ce mélange-là, avec le JdR Cyber Age pour le corps du système et le supplément When Gravity Fails (pour Cyberpunk) pour le contexte.Ce qui avait donné des choses plutôt sympathiques.

    Le "petit JdR" Marîd Audran (fiche GROG par votre serviteur : http://www.roliste.com/detail.jsp?id=7290) peut fournir des éléments de jeu. Mais le scénario calqué sur la trame du roman Gravité à la manque est à oublier, si les joueurs ont déjà lu ce roman. L'autre scénario peut servir à se faire les dents sur cet univers arabo-cyberpunk très original.
    2
    [ALT+R] Fred
    Mercredi 17 Septembre 2014 à 11:13
    Ah, CyberPunk... Les joies de voir le présent rattraper le si vilain futur. Mais comment faire autrement ? Une fois le jeu sorti, comment rajouter dans la storyline le succès d'Internet ou autres développements ?Je n'ai jamais trouvé la réponse ; mais moi, je n'écris pas de JdR pour R. Talsorian Games ^^
    C'est le choix d'avoir positionné le jeu en 2020, je pense, qui fait que la réalité télescope la ficiton régulièrement. Il n'y a toujours pas de voitures volantes, comme dans les "Chrome", mais niveau informatique, on a quitté les MégaOctets depuis longtemps. Nous, oui, mais pas les netrunners... Lol !!

    Idem pour obtenir du MJ de faire une recherche sur le Net : "oui non mais tu n'es pas Netrunner"... Mon perso non, mais dans la vraie vie, le joueur peut au moins passer par Google et taper quelques mots-clé. Quand le joueur est plus évolué que son perso, c'est moche.
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    Enfin, "Protect & Serve" a été ma plus grosse déception après "Les Enfants de la Nuit", que vous allez, cher M Mondesenchantier, aborder (en fait, descendre ?) bientôt j'imagine. Quand P&S est sorti, j'ai au moins appris un truc. Si ! Que les motards fous au Japon s'appelent les Bozozuka. J'ai brillé en société auprès d'un japonais, c'est déjà pas mal. Mais c'est à peu près tout. Non, c'est vraiment tout.

    Vous nous faites du mal, là, en reparlant de ces suppléments oubliables. Ouïlle ;-)
    3
    Narbeuh
    Mercredi 17 Septembre 2014 à 11:13
    Je vois, cher ALt+R Fred, que nous avons la même opinion sur cet "excellent" supplément policier. Par contre, navré de te décevoir mais je ne critiquerai pas "Les enfants de la nuit". Rapport au fait qu'il ne fait pas partie de ma collection.

    Faut pas déconner non plus ;-!
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