• Futur antérieur aux Utopiales de Nantes

    « Quelqu’un m’a dit que le cyberespace est en train d’éclore. C’est le terme qu’elle a utilisé.
    Bien sûr. Le grand retour de l’œuf et de la poule. Une fois qu’on aura fini de le faire éclore, il n’y aura plus de cyberespace, hein ? Il n’y en a jamais eu, en fait. C’était une perspective, une façon de visualiser notre destination. Et avec la grille, on y est. On est passé de l’autre côté de l’écran. Ici même. »

    S'il est exact que la SF est « une littérature des « étages inférieurs » », selon la définition de Valerio Evangelisti*, alors William Gibson est en train de remonter du sous-sol, et pendant que vous prenez l'escalier il est dans l'ascenseur.

    Métacité à craquer

    Le thème des Utopiales de décembre dernier était « Les nouveaux réseaux ». Je crois que ce thème fait bien le lien entre notre monde moderne qui est un monde de réseaux (le réseau des autoroutes, des routes et des rues est perceptible, délimité et souvent confondu avec d’autres réseaux situés au-dessus ou au-dessous des rues : lignes électriques, réseaux d’eau ou d’égouts) et celui du Cyberpunk, en tout cas celui d’avant le Data Crash. Mais comme les années passent et que le DC est fixé, l’espérance de vie du genre se réduit à vue d’œil.

    Alors il se ressource et se développe en quelque sorte... à rebours ! Il faut dire que la réalité rattrappe la fiction ; depuis quelques décennies, avec l’avènement de l’informatique et de la télématique, une nouvelle dimension est venue se greffer à la dimension analogique du monde : la dimension numérique. D’abord balbutiant, ce néomonde est devenu un cybermonde, parfaitement en phase et en synergie avec le géomonde, le monde réel. Aujourd'hui, les dimensions analogiques et numériques sont devenues quasiment indissociables les unes des autres en milieu urbain, dessinant ainsi les contours de métacités qui n'ont plus rien d'utopiques. On peut même affirmer qu'avec le développement de ce que Gibson appelle la “Grille”, quelque chose comme un réseau GPS, la relève de la Matrice est assurée les dimensions numériques sont en pleine croissance, sans remettre en cause les dimensions analogiques. On assiste donc à une croissance urbaine, non pas en surface, mais en contenu, avec l’ajout de nouvelles dimensions comme autant de réalités ajoutées en Lumière virtuelle, et leurs corollaires de fonctions, souvent redondantes avec celles des dimensions analogiques mais bien présentes et complémentaires.

    Le futur ne date pas d'hier

    Eh oui, voilà que le Cyberpunk a déjà 25 ans et vous n'avez rien vu venir. C'est d'ailleurs sur cet étonnant futur qui a déjà de l'âge que se sont penché, pour voir s'il bougeait encore, quelques uns de ses créateurs (W. Gibson, N. Spinrad, G. Bear, R. Morgan, J-M. Ligny) lors de la table ronde « Le cyberpunk, 25 ans après » dans le cadre de ces fameuses Utopiales dont je parlais en début d'article. Dans le même ordre d'idée, et puisque le pape du Cyberpunk, William Gibson himself en revient à un univers certes technologique mais pas futuriste, on pouvait aussi se poser la question : est-ce un constat d'échec ? C'est ce que n'ont pas manqué de faire les participants à une autre table ronde « La SF a-t-elle échoué ? », P. J. Gyger, P. Bordage, A. Reynolds, et C. Dufour. Mais pour autant on ne perdait pas l'avenir de vue dans la capitale bretonne avec la table ronde « Quel avenir pour les nouvelles de SF au 21ème siècle ? » avec : J-A. Debats, S. Lainé et C. Dufour et on se demadait « Peut-on vivre sans réseaux ? » avec : A. Boudry, R. Morgan, et P. Bordage.

    Les Pays de la Loire sont branchés

    Quelques temps après, fin janvier, toujours dans les pays de la Loire le festival Premiers Plans proposait une rétrospective « Cités du futur » qui permettait de se replonger agréablement dans quelques uns des films et films d'animation qui donnent à voir des cités improbables, futuristes, intrigantes, imaginaires…. Au programme, par ordre d'apparition à l'écran, Metropolis, le film fondateur de Fritz Lang (1927), Fahrenheit 451 de François Truffaut (1966), La Planète sauvage de René Laloux (1973), Soleil vert de Richard Fleisher (1974), Le Roi et l’oiseau de Paul Grimault (1980), Blade Runner de Ridley Scott  (1982) et Brazil de Terry Gilliam (1985) bien entendu mais aussi – peut-être moins connu - Taxandria de Raoul Servais (1995), ou – très connu en revanche - Le Cinquième élément de Luc Besson (1997), Le Château dans le ciel de Hayao Miyazaki (2003), et enfin Renaissance de Christian Volckman (2006) et Amer béton de Michael Arias (2007) pour les deux plus récents. Pour un peu, pour ceux qui connaissent le festival rennais, on se serait cru à un Travelling Nightcity, il ne manquait peut-être qu'un petit Akira de Katsuhiro Otomo ou un petit coup de Matrix des frères Andy et Larry Wachowski et pourquoi pas Bunker palace hotel d'Enki Bilal. Ah, et pour rester en phase avec Gibson : Johnny Mnemonic de Robert Longo sorti en 1995 et inspiré d'une nouvelle de William Gibson paru dans le recueil de nouvelles Gravé sur chrome.
     
    Follow the (new) White Rabbit

    Vous l'avez compris, la bulle TAZ vient de rentrer dans une phase active sur MeC. Rangez vos vieux cordons de téléphone et vos Big Jim's, le futur est de retour et il nous attend déjà !
    « Ayéééé ! Mise en page pour Terra Incognita terminée !Cyberpunk Reload is back !! »

  • Commentaires

    1
    Mercredi 11 Février 2009 à 16:44
    Manquait aussi peut-être dans la sélection "Cités du Futur", le film d'Alex Proyas, Dark City.
    2
    Mercredi 11 Février 2009 à 18:12
    Absolument. Et pour être tout à fait complet je rajouterais que la citation du début de l'article est de W. Gibson bien entendu, dans Code Source, et au passage je vous conseille ce site : http://blog.lignesdefuite.fr/post/2008/05/06/internaliser-linterface
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :