• Paris Modern Style

    Ce "Modern Style" n'est finalement pas tellement moderne. D'une certaine manière, on peut dire en effet que son acte de naissance se situe en 1896. Et cela pour une raison bien simple : cette année-là, le décret qui réglementait avec une sévérité extrême l'ensemble des constructions fut solennellement abrogé. Comme il avait dans le passé et pendant bien longtemps imposé à la capitale un académisme un peu solennel et, disons-le, assez ennuyeux, il y eut alors comme une réaction explosive !

     

    Paris, Ombart_nouveau3_1.gifres et Lumière

    Architectes, peintres, décorateurs, entrepreneurs d'immeubles, menuisiers, maçons, planteurs de clous et colleurs en papier peint, tout le monde fut pris soudain d'une fantaisie plus ou moins délirante, se laissant aller à la réalisation de ses rêves les plus fous guidés sur le terrain par une imagination sans bornes. Et le "Modern Style", peu à peu, naquit de cette folie collective et tout à fait aimable ! Les façades des maisons se couvrirent de céramiques, de dames revêtues de lianes plus ou moins grimpantes, de mille choses extravagantes toutes plus délicieuses les unes que les autres mais dont la présence ne semblait pas se justifier outre-mesure. En d'autres termes, c'était beau parce que c'était inutile !

     

    L'année folle  art-nouveau.jpg

    D'ailleurs, quelle drôle d'année que celle de 1896 ! Entre autres choses et événements, ce fut celle où l'on posa la première pierre de l'incroyable, maniéré, superbe, doré, contourné, rutilant et magnifique pont Alexandre III aux candélabres qui ressemblent à des phares pour nautoniers descendant ou remontant le "fleuve de Seyne". Cela se passait très exactement le 7 octobre 1896. Il y avait le tsar Nicola II, la tsarine, le Président Félix Faure et douze jeunes filles rougissantes toutes vêtues de blanc arrivées en barques conduites avec intrépidité par douze officiers de Joinville. Les jeunes filles offrirent des orchidées à la tsarine, firent la révérence plongeante au Tsar et écoutèrent en extase Monsieur Paul Mounet "de la Comédie Française" déclamer d'une voix tonnante les "Stances à l'Empereur" que le poète José Maria de Heredia venait de composer à l'encre violette et à la plume Sergent-Major.

     

    La Belle Epoque

    Quatre ans plus tard, le pont était inauguré par le Président Loubet. La Belle Epoque commençait et le modern Style prenait son vol. Quelques années plus tard, c'était la folie, la démesure, l'épidémie, la contagion sans remède : tout était devenu Modern Style ! Les maisons, les réverbères, les statues, les statuettes, les meubles, les vases géants, moyens et petits, les bijoux en toc et en vrai, le papier à lettres, les cuillères à café et les fourchettes à escargot...

     

     

    guimard-art-nouveau-metro_1198928221.jpgL'un des auteurs de ce Modern Style délicieusement envahissant était Monsieur Hector Guimard, lequel mélangeait avec un art souverain et dans des lignes immuablement courbes un décor floral et végétal. Mais le passage à la postérité de cet architecte doué, à la barbe taillée en pointe et suprêmement élégant fut dû aux stations de métro ! Ou plutôt à leurs entrées ! De ces stations, Dali a dit qu'elles semblent crier "Mange-moi !". Ce qui n'est pas très gentil car comme on appela également le Modern Style l'"art nouille", on voit que l'allusion était pour le moins cullinaire !

    Cependant, Hector Guimard avait quand même bien du talent et il reste encore beaucoup de témoignages de ses oeuvres dans la capitale. Pour les stations de métro, aucune difficulté. Vous les reconnaîtrez aisément au hasard de vos promenades.

     

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    Promenade Modern Style

    Un autre chef-d'oeuvre (dans le genre !) d'Hector Guimard est le fameux "Castel Béranger" que l'on peut toujours voir à Auteuil au 16 de la rue La Fontaine. Il est couvert de céramiques où s'enlacent, dans la folie, des plantes plus ou moins vénéneuses, et il y a également des ferroneries pour le moins singulières.

     

    Le Modern Style, ça ne se discute pas : on aime ou on n'aime pas ! Mais si c'est la passion qui l'emporte, alors attention, on n'a plus qu'à courir les antiquaires, les brocanteurs et les Puces pour assouvir sa passion et vider son compte en banque. Ou alors, on peut résoudre le problème en s'engageant au Métropolitain de Paris comme balayeur dans un station Guimard, au risque de ne jamais voir le bout du tunnel...

     

     

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    Mais vous êtes fou ? Oh oui !

    Le délirant auteur du Castel Béranger eut un rival de qualité en la personne du lyonnais Jules Lavirotte (un nom déjà très Modern Style en lui-même !). Si vous passez avenue de Wagram, vous pourrez voir un "plat" de sa composition en considérant la façade du "Ceramic Hôtel".

    Cependant, le chef-d'oeuvre de Jules Lavirotte est incontestablement l'immeuble du 22 de l'avenue Rapp. au-dessus de la porte, il y a un très joli buste de femme, inspiré dit-on par une très belle et fort dramatique histoire. Un matin, on découvrit au bord de la Seine, une jeune femme morte. Elle était si belle que les membres d'un club philanthropique, le Club Pythagore, décidèrent de faire un moulage de son visage. Et la Dame qui attend au-dessus de la porte du 22 avenue Rapp a quelque chose de rêveur, de poétique et de mystérieux qui fait penser à cette "Inconnue de la Seine" miraculeusement ressuscitée par le Modern Style.

    Si vous allez au jardin du Luxembourg, ne manquez pas de jeter un coup d'oeil amusé sur une "Colonne pour une maison du peuple", laquelle est située près du verger car, elle aussi, est marquée avec son "chapiteau des baisers" du délire de la Belle Epoque.

     

    24, place Félix Faure : encore un immeuble Modern Style, mais celui-là, tout à fait imposant et d'une lourdeur impressionnante. Comme l'architecte se nommait Wagon, on a tendance à imaginer en voyant son chef-d'oeuvre qu'il prenait pour une locomotive...

    6, rue de Hanovre. Là c'est beaucoup plus pimpant, beaucoup plus gracieux, léger et aérien. Il y a des coquilles, des étoiles de mer, des étoiles du ciel, des vagues sans embruns, une entrée aquarium et des camélias qui, contrairement à la "Dame", ne se fanent jamais !

     

      ModernStyle.jpg

     

    « Le cadeau de Noël de Mondes en Chantier !Mondes en Chantier vous souhaite une très bonne et heureuse année 2011 ! »

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