• Souvenirs de Paris n°3

     Il y a peu, je me promenais à Paris.

    Cet article commence ainsi comme la promesse d'une affligeante tranche de mavie.com. Pourtant, comme vous vous en doutez, avec moi, les univers rôlistiques et des autres mondes en kit à monter chez soi ne sont jamais très loin.

    3ème partie : Méthode intemporelle

    Durant mes pérégrinations parisiennes, j'ai aussi profité de mon expédition à la BNF site François Mitterrand (je monte d'un étage pour entrer puis on le redescend aussitôt en escalator pour pouvoir entrer : c'est bon pour le bilan Carbone, ça ?) pour visiter l'exposition consacrée à Gaston Leroux. Alors, bien sûr, j'aurais pu annexer ce compte rendu consacré au créateur impérissable du Fantôme de l'Opéra, Rouletabille, Chéri-Bibi et autres héros improbables dans l'article consacré aux Fantaisies 1900. Il y aurait eu toute sa place en tant qu'auteur. Toutefois, ce n'est pas cela que j'ai retiré de ma visite dans cette courte mais fort bien faite exposition (gratuite qui plus est).

    Lorsque l'on s'aventure dans une exposition de bibliothèque consacrée à un écrivain et à son oeuvre, on conçoit une légitime angoisse à se demander si on ne va pas se retrouver face à de tristes panneaux et à quelques vitrines mal éclairées exposant les éditions originales de ses principales oeuvres. Bref, un truc sans grand intérêt.

    Pourtant, quand on découvre cette exposition, outre ses attraits muséographiques, on est surtout séduit parce qu'on ne s'attendait pas à y trouver : les papiers de travail de l'artiste. Quelle excellente idée ! Sans vouloir trop nous pousser du col, concédons que nous autres, créateurs de scénarios voire de jeux de rôles, sommes un peu comme les lointains et modestes descendants d'un homme à l'imagination foisonnante et décomplexée. Ainsi, pouvoir se permettre de jeter discrètement, par dessus son épaule, un petit coup d'oeil à sa table de travail est un vrai plaisir.

    Que peut-on en retenir ? Rien de bien révolutionnaire : c'est lui, ses semblables et ses prédecesseurs immédiats comme Jules Verne ou Conan Doyle qui ont fondé ces règles d'or. Simplement, voir par soi-même les preuves du bien fondé de ces méthodes est un rappel rafraîchissant et bienvenu.

    1. faire un plan. Précis et précoce. On est stupéfait de découvrir cette feuille de brouillon mal griffonnée sur laquelle Gaston Leroux a jeté tout à la fois le pitch (comme on dit chez nous...) et le détail de TOUS les chapitres du Fantôme de l'Opéra. C'était pourtant, nous dit-on, les toutes premières notes prises sur le roman.

    2. donner des noms aux personnages pour leur donner corps. Gaston Leroux ne commençait jamais un roman sans avoir nommé d'abord les protagonistes, incapable de les décrire ou même les faire agir si il ne pouvait se les représenter par un nom approprié. C'est vrai que Chéri-Bibi ou Rouletabille, ça pose un perso comme patronyme ! Petite anecdote sur ce dernier : l'auteur l'avait d'abord nommé Boitabille avant de devoir en changer pour de sombres raisons de droit d'auteur. On voit dans l'exposition des oeuvres collectors avec l'ancien nom.

    3. accumuler et classer des inspis. Reporter lui-même, Gaston Leroux avait pris l'habitude de découper toutes les coupures de presse qui lui semblaient présenter un quelconque intérêt par leur côté inattendu ou exotique. Il les classait ensuite dans de simples chemises de papier sur lesquelles il griffonnait un thème ("sorcellerie", "meurtres curieux"...) ou le nom d'un roman en projet. OK Gaston, on est deux ;-! Euh par contre, tu as une combine pour ne pas les laisser définitvement prendre la poussière et finir par en faire quelque chose de concret ? Ah, le talent ? Bon, OK...

    Dernière chose, on découvre aussi à quel point Gaston Leroux était un esprit inventif, au-delà même de ses romans avec lesquels il touche à tous les domaines de ce qui deviendra la littérature "de genre" (beurk, le vilain mot). J'oserais même dire un esprit "joueur". Il inventa ainsi la notion de "cinéroman", c'est-à-dire des films à épisode d'environ 30 mn chaque pour lesquels il écrivit plusieurs histoires de Rouletabille. Tout simplement l'ancêtre des séries télévisées. Encore plus proche de nos préoccupations, il écrivit au début des années 1900 un "roman-concours" mêlant récit littéraire et interactivité puisque les lecteurs étaient invités à se faire acteurs pour aller par eux-mêmes chercher le trésor dont il était question dans l'histoire !

    Bref, pour tout ça, Gaston Leroux devrait indiscutablement être plus souvent considéré au côté de Tolkien, Lovecraft ou Conan Doyle dans le panthéon des grands auteurs admirés par les rôlistes conscients de savoir d'où ils viennent.


    Pour ceux qui veulent en apprendre plus sur Rouletabille et son créateur, je conseille la visite du très agréable site web de Eric Honoré : http://www.rouletabille.perso.cegetel.net/Menu.html
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